dimanche 23 août 2009

Petite leçon d'Histoire de l'Art pour ménagères désespérées

Il y a bien longtemps que je n'ai regardé un épisode de "Desperate Housewives". Bizarre, car il y a deux ans j'étais complètement addict. Surtout le dimanche soir quand le spleen de la semaine à venir me titillait.
J'ai toujours adoré le générique de cette série américaine qui reprend quelques classiques de l'art afin de prouver que la terrible condition de femme ne date pas d'aujourd'hui.
Cette brillante démonstration sous forme de livre animé est signée Marc Cherry, et ce sont les graphistes de Yy+co qui l'ont réalisée.





Le générique commence par une référence à Lucas Cranach l'Ancien (début du XVIème siècle) qui a peint des séries d"Adam et Eve". Cette dernière se saisit de la pomme et la tend à Adam. Là commencent leurs ennuis et aussi l'idée de La Faute qui repose sur la Femme : Vindicte judéo-chrétienne qui a accompagné toute notre Histoire.


Mais, dans le générique Adam se fait écraser par ladite pomme. Preuve que la femme prend le pouvoir ? Elles vont le payer.....

Un petit tour en Egypte ancienne :

Ci-dessous, Néfertari, épouse de Ramsès 2, qui lui donna dix enfants, alors que celui-ci avait maintes maîtresses et autres épouses et délaissait sa femme.

L'hypostyle du temple de Philaede de David Roberts, topographe accueille dans le générique, notre malheureuse reine qui vacille, submergée par sa ribambelle d'enfants ! Une "Desperate Housewife", déjà !

Un petit tour par chez les Arnolfini :
Une peinture de Jan Van Eyck : 1434
Dans un intérieur cossu des Flandres de la Renaissance, une femme enceinte, les yeux baissés donne la main à son mari. Amour et fidélité président à cette mise en scène qui est une commande de Monsieur Arnolfini.

Il n'en va pas de même dans le générique : intérieur ravagé dans lequel on reconnaît des éléments de l'oeuvre de référence. Monsieur lance avec un certain mépris une peau de banane (polysémie ?) que Madame s'empresse de balayer vers un tas d'ordures. Servante au foyer...

Un crochet par l'Amérique profonde :

"American Gothic" par Grant Wood .


Devant une maison rurale que l'on devine entretenue et confortable.

Lui : fourche en main (travail ? défense de ses terres ?) Elle, en retrait, regard en biais : tablier, austérité, mais femme au foyer qui se fait ravir son homme par une pin-up de Gil Elvgren. Elle n'a plus qu'à se faire s'enfermer dans une boîte de sardines avec une petite grimace de circonstance !

"Of course, I can ! "
Une affiche de Dick Williams datée de 1944.
En pleine Seconde Guerre Mondiale, il faut inviter la ménagère au rationnement !


Et la boîte de sardine dans laquelle a été enfermée notre américaine de l'étape précédente se retrouve sur le plan de travail bleu de notre très civique "housewife" (juste là, sous les cheveux, entre les deux bocaux )...
Mais, des bras surchargés de celle-ci échappe la "Campbell's Condensed Tomato Soup", qu'Andy Wharol démultiplia dans les années soixante ! (1962 )
"Romantic couple" et "Arguiing couple" de Robert Dale. La boîte de soupe vient atterrir comme une pomme de discorde entre les deux protagonistes.
Cela ressemble au travail de Roy Lichtenstein s'inspirant de la BD américaine, les trames d'imprimerie sont agrandies et participent à l'ambiance très "Pop Art"du dessin.
Tout cela finit par un magistral coup de poing de la dame vers le monsieur.

Et si le pouvoir appartenait vraiment aux femmes ?

La boucle est bouclée :


Retour à Cranach. Nos Desperate Housewives viennent se placer sous l'arbre et la pomme leur tombe directement dans les mains. Elles ont conquis le droit au fruit défendu.

Audacieux, ce générique quand on connaît l'importance de la Bible aux USA ?

Non, un simple clin d'oeil. Il faut donc être une Desperate Housewife pour goûter en toute impunité à ce fruit défendu.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour cette superbe lecture et analyse d'images. Ca me rappelle la fac. Moi même fan de cette série depuis son premier épisode, j'avais déjà repéré quelques références artistiques mais pas décodé toutes celles présentes dans le générique. (Qui défile assez vite et qui se trouve maintenant plus que tronqué afin que l'épisode soit plus long, soit dit en passant). Je ne pensais pas que le générique en disait autant sur la condition des housewives. En effet très audacieux dans une Amérique si puritaine, mais je ne pense pas que ce soit justement ce genre de public qui regarde la série. D'ailleurs ces "Housewives" ne sont pas si "housewives" que ça, la plupart du temps, elles ont une activité professionnelle. A propos, avez-vous vu la dernière saison 5 ans après ? Allez, avouez, je suis sûre que dans votre cuisine toute neuve vous aimez cultiver un petit côté "housewife" en louboutins non ?
Marilou

Modeuse Boudeuse a dit…

Un décryptage vraiment passionnant ! En tant qu'addict moi-même de la série (la saison 6 : viiiiite !!!) je suis toujours restée schotchée par ce générique, captant quelques unes des multiples références sans pour autant jamais prendre le temps de les identifier toutes.
La dialectique homme-femme est inépuisable, c'est un fait, et je m'interroge : sortirons-nous un jour de ce rapport de force qui tend à vouloir donner "le pouvoir" tantôt à l'un tantôt à l'autre ?
Merci en tout cas pour cet article instructif !
Des bises.

alluria a dit…

@Marilou
Les housewives sont aussi des working girls et c'est là toute l'ambiguité. Tiraillées entre les devoirs d'un bonne petite femme d'intérieur : mère parfaite, ménagère avertie, amante accomplie, et performante dans son boulot.On pourrait d'ailleurs redistribuer les qualificatifs précédents dans le désordre... Elles ont toutes une faille, un échec, et souvent une part secrète qui envoie plus ou moins tranquillement balader les codes moraux et sauvegarder une façade désespérément... lisse!
Bisous
@ Modeuse Boudeuse,
Oh que oui ! si on pouvait surmonter cela, que le vie serait douce auprès des compagnes et/ou compagnons que nous aimons. Etre tranquillement une fille sans être obligée de correspondre à des attentes, sans avoir de comptes à rendre à ceux qui s'acharnent à régir des codes de "bonne conduite"... le chemin est long, mais, hein, on va pas se laisser abattre !
Bises aussi !

Elvire Jgu a dit…

super article merciii! je suis en 3ème et passe un oral blanc dans 2 jours portant sur le générique de Desperate housewives (oeuvre que j'ai choisi, grande fan de la série que je suis!). Votre analyse m'aide donc beaucoup :)

Anonyme a dit…

je pense que certaines de ces scènes du générique font référence aux personnages: lynette scavo/néfértari envahie par ses 4 enfants,bree van de kamp/miss arnolfini en parfaite ménagère maniaque,susan mayer/ vieille fille américaine (l'homme avec elle est son père et non son mari comme beaucoup le croient, je précise!)qui se fait piquer son mari par une jolie jeunette, marie-alice young/ blonde de roy lichteistein avec son mari, ses trahisons et ses déceptions... en tout cas j'apprécie beaucoup ce générique multi générationnel avec toutes ses formes artistiques et ses références!